Exposition « Aujourd’hui aura lieu »

Le jour monte et grandit, retombe sur la ville
Nous avons traversé la nuit sans délivrance
J’entends les autobus et la rumeur subtile
Des échanges sociaux. J’accède à la présence.
Aujourd’hui aura lieu. La surface invisible
Délimitant dans l’air nos êtres de souffrance
Se forme et se durcit à une vitesse terrible ;
Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.
Nous avons traversé fatigues et désirs
Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance
Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
Nous sommes prisonniers de notre transparence.

Michel Houellebecq
« Le Sens du Combat », 1996

Le titre, « Aujourd’hui aura lieu », est extrait d’un poème de Michel Houellebecq, tiré du recueil «Le Sens du Combat», paru en 1996 et constitue le point de départ de l’exposition.

Le principe de l’exposition est le suivant : un poète confie pour l’exposition l’une de ses œuvres. Celle-ci, traduite, chantée selon des registres particuliers, est livrée à un autre poète, coréen, aux artistes invités et aux visiteurs. Avec leurs propres mots, leurs propres signes, leur propre langue, une chanteuse de Pansori, puis par un groupe de pop coréen et repris enfin par un DJ/artiste de Gwangju. Ils troublent, déplacent, transmutent ce premier texte.

Ces « matériaux » ont été donnés aux artistes français et asiatiques et constituent la base de leurs nouvelles productions pour l’exposition. Ce sont ces métamorphoses qui font l’exposition, ces transformations qui moirent le sens premier et en dissolvent les frontières. Le projet présentera des oeuvres existantes et des productions pensées spécifiquement le lieu. Certains des artistes invités effectueront une résidence à Gwangju pour la production de leurs nouvelles œuvres.

L’exposition est une co-production et un co-commissariat de Jean de Loisy, Président du Palais de Tokyo et de Sungwon KIM, Directrice des expositions de l’Asia Culture Center / Asia Culture Institute et et professeur à Seoul National University of Science and Technology présentée dans le cadre du programme hors les murs du Palais de Tokyo et de l’Institut français dans le cadre du programme « satellite » de la 12eme édition de la Biennale de Gwangju.

Artistes français

–        Christophe Berdaguer (1968-) et Marie Péjus (1969-) explorent les interactions entre cerveau, corps, environnement, espace construit, qu’ils matérialisent par des formes diverses (volumes, projections, constructions hybrides…). Leur réflexion d’ordre phénoménologique sur l’espace et la psyché, sur une relation biologique au monde, se nourrit de différents domaines (psychanalyse, neurologie, architecture, parapsychologie…) dont les artistes opèrent une relecture à la fois approfondie et distanciée. Ainsi, à travers les liens générés entre espace environnant et états de conscience, les artistes réalisent des projets parlant d’un corps, qu’il soit individuel ou socialisé, humain, végétal, animal ou minéral, soumis à divers processus de transformation. Berdaguer & Péjus transposent alors et mettent en forme des expérimentations parfois invisibles à l’œil nu ou vécues à notre insu, qui questionnent une manière d’être au monde. La matérialité donnée à leurs projets conduit paradoxalement à une sensation d’irréalité, à une présence flottante.

–        Julien Creuzet (1986-) explore différents héritages culturels, associant le plus souvent poésie, chant, photographie, film et installation. Il combine ces médiums comme des langues qui s’enrichissent mutuellement ; leur (mé)tissage fait advenir des espaces, des coïncidences, des jeux précis et lâches à la fois qui laissent libre cours à l’imaginaire. En pensant les émotions et les expériences particulières du monde, il crée un espace social et formel habité où marges et centres sont remis en cause.

–        David Douard (1983-) procède par accumulation d’objets, de logos, de signes et de textes qu’il s’approprie de sources diverses et indifférenciées, et déploie ses œuvres au sein d’une profusion d’éléments : films, pistes sonores, objets détournés de leurs fonctions premières… La circulation et la conductivité sont au cœur de son travail. Fontaines, fleurs, abondent dans ses sculptures, de même que les chevelures, la salive, autant de motifs métaphoriques à travers lesquels il évoque la circulation du vivant, et son inhérente impureté, la corruption, et la contamination. Conçues comme des lieux à expérimenter, ses installations combinent le langage et la sculpture provoquant des glissements de sens propices aux projections fictionnelles. Matières ou objets, éléments identifiables ou non se mêlent dans des assemblages bricolés, débarrassés du souci de la virtuosité technique, revisitant le « grotesque » comme forme esthétique, qui font écho à une certaine expérience de l’adolescence. Son travail se nourrit de textes, souvent de poésie, qu’il extrait du Darknet, cette zone hors contrôle de l’Internet.

–        Tarik Kiswanson (1986-) cherche à travers la sculpture, la performance et l’écriture à susciter de nouveaux modes de perception et de relation à l’Histoire, entremêlant habilement faits politiques, culturels et personnels. Par différentes stratégies conceptuelles de tissage, au sens strict mais aussi métaphorique, il s’attache à rendre perceptible ce besoin d’être «en relation» formulé par Edouard Glissant. Ses œuvres s’activent par la présence du regardeur, tout en lui offrant en retour sa propre image instable, décuplée, effacée ou diffractée. Ses récents projets élargissent cette enquête pour examiner plus largement la condition humaine et ses frontières les plus fondamentales— la naissance et la mort.

  • Louise Sartor (1988-) Le sujet principal de la peinture de Louise Sartor, au-delà des postures chorégraphiées et des allures sophistiquées, ce sont des moments de latence. Entre deux coups de fil, à l’attente d’un taxi, ou tandis que la conversation fait une pause. Des moments silencieux, finalement assez intimes, qui rappellent les portraits des peintures anciennes. À ceci près qu’on est, époque oblige, hors de la sphère domestique – là où les femmes étaient si longtemps confinées. Louise Sartor peint des femmes, ses contemporaines, qui, en regard de l’histoire des femmes représentées dans la peinture jusqu’à présent, semblent ne jamais avoir été aussi libres. Ce qu’elle saisit néanmoins, ce qui rend ses œuvres si familières, si intemporelles, si intimes, c’est que le prix à payer de cette liberté infinie, c’est peut-être la solitude.

Date

Du 6 septembre au 20 octobre 2018

Du mardi au dimanche 12h00 à 18h00 sauf le lundi

Entrée gratuite

Lieu

Gwangju Civic Center

Adresse: 15, Jungang-ro 107beon-gil, Nam-gu, Gwangju

Contact

Tél: 1899-5566